Le tableau sous le bras, je rentrai dans l'atelier. Je le posai et le regardai. C'était un ancien tableau qui représentait un homme fier à l'épée qu'il brandissait vers le ciel, mais aux yeux si ressemblants qu'il me semblait me regarder, me fixer du regard. C'est sous le poids de ce regard de glace que j'allai chercher ma brosse perdue dans ce bric-à-brac qu'était mon atelier. Pendant que je la cherchais, je crus distinguer du coin de l'½il un mouvement imperceptible. Je me retournai brusquement pour ne voir ... rien sinon le tableau. Je l'observai quelques instants puis retournai à ma tâche. Au bout de quelques minutes, je trouvai enfin ma brosse et je m'approchai du tableau. Ce que je vis me coupa le souffle et me laissa le c½ur battant à tout rompre : l'homme du tableau avait remis son arme au fourreau. Je m'assis ou plutôt me laissai tomber sur une chaise, terrassé. Comment avait-il pu ranger son arme, ce n'était qu'un tableau ! J'allai me relever pour rapporter au marchand ce tableau maudit quand j'entendis une voix :
« Viens à moi ... Viens à moi ... disait-elle d'un ton tentateur »
Tout devint flou et je m'évanouis. Je me réveillai dans une tente dans un lit de paille. Ma première pensée fut : comment me suis-je retrouvé ici ? Je décidai de jeter un coup d'½il dehors. Je sortis et ce qui me frappa tout d'abord fut la lumière, aveuglante, et venant de partout à la fois. Puis vinrent les odeurs. L'odeur de la sueur et ... du sang. Puis enfin vinrent les bruits. Le bruit des clameurs, des cris de victoire et des bruits d'armes s'entrechoquant ... C'était pourtant absurde. Les combats à l'épée n'existaient plus de notre temps ! Et pourtant c'est ce qui se déroulait devant mes yeux. Je m'avançai encore un peu quand je fus agrippé par un homme au regard dur. Il me hurla quelque chose d'incompréhensible et me jeta sur son épaule comme si je ne pesais pas plus lourd qu'une plume. Il m'emmena dans un endroit incroyable : une arène romaine. L'homme me jeta au milieu de l'arène et partit ouvrir la porte à mon futur adversaire, un homme tout en muscles mais sans armure, juste une épée qu'il portait dans le dos. On me jeta quelque chose depuis les gradins que j'attrapai au vol. Ebahi, je regardai la lourde épée que j'avais récupérée. Mon adversaire me hurla quelque chose que je n'entendis pas et m'attaqua avec une attaque haute. J'avais fait quelques années d'escrime où j'était plutôt bon mais je ne m'attendais pas à une telle sauvagerie. Je parai tant bien que mal, levant haut mon épée quand je reconnus mon adversaire. Aurais-je perdu la raison ? Serais-je devenu fou ? Car mon adversaire n'était autre que l'homme du tableau. Comment était-ce possible ? Serais-je en train de rêver ? En tout cas tout cela m'avait l'air bien réel. Il me chargea. Et si tout était vrai ? Et si je mourais, quitterais-je ce rêve délirant ? Il valait mieux ne pas le savoir. Je me jetai sur le côté au moment où mon adversaire arrivait. Je me relevai et parai une nouvelle attaque qui me fit trembler de la tête aux pieds. Mais j'enchaînai avec une attaque basse puis sautai sur le côté et attaquai de nouveau. Malheureusement aucune attaque ne porta et l'homme, d'une brève torsion du poignet, m'arracha ma lame des mains. Puis sans perdre de temps il m'enfonça son épée dans la poitrine. La douleur m'assaillit mais je levai les yeux sur mon meurtrier. Ses yeux brillaient de folie et il m'hurla :
« Maintenant, MEURS ! »
Et il retira son arme. Tout devint noir et je sombrai dans l'inconscience.
Je me réveillai en sursaut, allongé sur le tableau. Je me levai prestement et balançai ce tableau maudit par la fenêtre. Je regardai ma poitrine : une fine cicatrice zébrait mon torse mais rien de grave. Mais ce soir-là, juste au moment où j'allais m'endormir, j'entendis le craquement des marches accompagnant des pas dans l'escalier. La porte de ma chambre s'ouvrit lentement ...
Le lendemain je me réveillai avec la désagréable impression d'avoir oublié quelque chose. Depuis cet étrange jour, chaque nuit je me réveille en sursaut tout en sueur en rêvant de ce combat contre cet homme, j'entends des voix partout, et peu à peu je sombre dans la folie ...
FIN
Mettez vous la place de la prof et mettez moi une note !